SPECIAL 10 ANS:INTERVIEW DU DIRECTEUR EXECUTIF DE HUMANITY FIRST CAMEROON

JEAN PAUL ENAMA, Directeur Exécutif de HFC

Comment est née Humanity First Cameroon ?

Quelles ont été vos principales difficultés ?

Humanity First Cameroon nait d’un besoin qu’on ressentait dans la communauté, notamment la recrudescence des décès des personnes de la communauté de suites de VIH. C’est ainsi qu’avec Jules Eloundou (le Président Fondateur),  on se regroupait souvent dans le cadre d’un groupe de parole dans une école primaire publique de la place,  pour discuter ensemble de ce qu’est  le VIH, parce que figurez-vous ’il n’existait pas de véritables formations sanitaires auxquelles adresser nos préoccupations. Notamment en ce qui concerne les moyens de contamination, les solutions de traitements et même de protection propres à la communauté. Le besoin s’est accru et nous nous sommes dit qu’on pouvait faire évoluer le groupe de parole en une Organisation avec un centre où offrir ces services. Voilà comment nous avons reçu notre premier financement de l’ONG américaine « AMFaR » en 2010. Il s’agissait d’un financement  qui s’étalait sur une année, soit 10.000$(Dix mille dollars). Ce qui nous a permis, de recruter des bénévoles,  d’offrir des services basiques de santé sexuelle notamment, la distribution de préservatifs et les activités de counseling et d’autres services de prévention. Voilà en quelques mots la genèse de HUMANITY FIRST CAMEROON.

La pérennisation des activités à été la principale difficulté que nous avons rencontrée. En fait, les fonds que nous recevons sont à court terme, cela empêche certains collaborateurs de se projeter avec nous, ça reste d’ailleurs l’un des défis majeur de notre organisation.

Etant tous nouveaux dans ce domaine, il fallait également se former, glaner des financements, bref, ça n’a pas été facile. La résilience a été le principal atout  de HUMANITY FIRST CAMEROON, en effet, les difficultés que nous rencontrions nous donnaient encore plus de courage et de détermination pour avancer. Aussi, la joie et le réconfort qu’on apportait aux bénéficiaires  nous permettaient d’avancer malgré tout. En fait, savoir qu’on arrivait à redonner du sourire aux gens, arriver à les prendre en charge, financer avec de petits  fonds et les mettre sous traitement ARV, soigner les infections opportunistes. Aujourd’hui,plusieurs bénévoles sont des anciens bénéficiaires que nous avons aidés. Le fait aussi qu’on n’avait pas de salaires à l’époque n’arrangeait rien, se lever chaque matin et venir pour pas de salaire, ça n’aidait pas ; même si j’ai toujours eu un appel particulier pour le domaine social.

Vous souvenez-vous d’un événement marquant  qui vous a fait savoir que vous êtes à la bonne place ?

C’’était à ma troisième année en 2013, j’étais au département de la prise en charge psychosociale. Un patient que je connaissais était hospitalisé à l’hôpital Jamot, atteint de tuberculose, il avait perdu tout son poids et était méconnaissable. J’avais donc la lourde charge de le suivre. D’habitude, je ne laisse pas transparaitre mes émotions mais ce jour-là face à sa maman qui pleurait, lui (le malade) qui pleurait également, je ne me suis pas retenu et des larmes ont coulé de mes yeux. Au sortir de là, je me suis dit que de telles situations ne devaient plus arriver, j’ai prié et demandé à Dieu de me donner la force de faire ce travail et de ne pas abandonner. Cette image reste gravée dans ma tête et demeure une source de motivation. Heureusement, ces cas sont de moins en moins réguliers dans la communauté et c’est une victoire !

Dix ans  Ans plus tard que pensez-vous sur l’évolution des droits des personnes de la communauté ?


10 ans plus tard, les choses n’ont pas vraiment changés, d’abord parce que la loi qui criminalise l’homosexualité reste d’actualité. Même si les associations naissent et travaillent beaucoup, les avancées restent mitigées. Mais ce dont on peut se réjouir c’est que le discours sur la question change. Sur les réseaux sociaux par exemple, sur le sujet de l’homosexualité, les personnes ont des discours de moins en moins tranchées, des positions nuancées et ça aussi c’est une victoire et cela montre que le plaidoyer dans ce sens porte des fruits. On a dans ce sens organisé des formations pour des journalistes et les avocats pour les sensibiliser sur les répercussions de l’homophobie et on pense que  ces petites actions faites à petites échelles portent des fruits car on se rend compte que les petites actions font de grand changement !

Quels sont les changements attendus pour les dix prochaines années ?

Les dix premières années nous ont permis d’asseoir notre réputation, de prouver que nous pouvons apporter la différence en matière de défense des droits personnes de la communauté, d’améliorer les conditions salaires et de vie de nos congénères. Ces dix années nous ont permit d’assoir notre structure. Pour les dix prochaines années ça doit aller plus vite. En ce qui concerne par exemple le combat contre l’épidémie, on doit tendre vers son éradication, pour ce qui est des droits humains, on doit aussi espérer l’abrogation de la loi qui criminalise l’homosexualité, on doit au Cameroun tendre vers la fin des violences à l’endroit  des personnes homosexuelles. C’est un projet ambitieux certes, mais nous avons déjà les éléments pour le faire, c’est une bataille d’idées et nous espérons la remporter, le temps est à nous.

Auteur : humanityfirstcameroon

Association de lutte contre le VIH et de promotion des droits des minorités sexuelles au Cameroun.